L’expérience socialiste en Afrique : Un bilan désastreux et des leçons à tirer

(Socialisme) – Depuis les indépendances, de nombreux pays africains ont adopté des politiques socialistes, se détournant du capitalisme perçu comme l’idéologie de l’oppresseur colonial. Cette orientation a eu des conséquences dramatiques sur les économies du continent, les plongeant dans la stagnation et la pauvreté.

Avant d’aller plus loin, commençons par définir les termes, car l’art de raisonner se réduit à une langue bien faite (Etienne de CONDILLAC). J’entends par socialisme le système dans lequel l’économie est commandée par un plan détaillé, conçu et imposé par une bureaucratie centralisée. En ce sens, il se caractérise par la collectivisation des moyens de production, la planification centralisée de l’économie et l’absence de concurrence. Dans ce billet, je considère le mot “capitalisme” sous l’acception d’économie de marché, c’est-à-dire un système économique dans lequel les décisions économiques sont prises par les acteurs individuels en fonction des prix du marché. 

Ces définitions étant faites, reprenons le fil.

L’échec du socialisme en Afrique : des exemples concrets

L’histoire regorge d’exemples illustrant les effets néfastes du socialisme sur les économies africaines. La Tanzanie, sous la présidence de Julius NYERERE et son programme Ujamaa, a connu une chute drastique de sa production alimentaire et un déclin économique marqué. Le Ghana, sous Kwame NKRUMAH et sa “nationalisation totale de l’économie”, a sombré dans la stagnation économique et l’inflation galopante. Le Zimbabwe, sous le régime de Robert Mugabe et sa politique de collectivisation des terres, a vécu l’hyperinflation, un chômage massif et des pénuries chroniques. L’exemple du Bénin est celui cité bien souvent pour donner à voir que le socialisme aurait une certaine efficacité économique. Celui-ci loue une croissance économique forte, celui-là loue une solidité de l’emploi. Tout cela révèle une cécité soit volontaire et donc détestable, soit involontaire et là, il me plaît de rappeler quelques faits. De 1961 à 1989, la croissance moyenne du PIB nominal du Bénin est de 2,82%. De 1990 à 2021, la croissance moyenne du PIB nominal du Bénin est de 4,71%. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait. On pourrait se demander pourquoi ai-je utilisé l’année 1990 comme pivot. La réponse est simple : parce que 1990 correspond à l’année de changement de philosophie politico-économique au Bénin grâce à la très célèbre Conférence des Forces Vives de la Nation. Sans trop accabler la période socialiste béninoise – je ne soutiens pas que les années après la Conférence des Forces Vives de la Nation ont été marquées par le règne du capitalisme, elles ont juste été moins socialisantes – il me plaît de rappeler un fiasco de cette époque : le paiement des salaires. Comme c’était une période caractérisée par la fameuse phrase de Mussolini « Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! », il est arrivé que l’agitation populaire ne faisait que grandir à cause des retards de paiement des salaires. Le régime du président Mathieu KEREKOU a infligé une répression gouvernementale d’une rare violence qui a atteint son point culminant en 1989. C’est parce que la population luttait contre la violence et l’intimidation continuelle du régime présidentiel que le président Mathieu KEREKOU s’est rendu compte qu’il devait y avoir une « ouverture » pour réformer son gouvernement ; ce qui a débouché en février 1990 sur la Conférence des Forces Vives de la Nation. 

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Si le socialisme avait une quelconque efficacité, l’URSS ne s’effondrerait pas et serait le pays le plus riche du monde. L’Afrique a pris la mauvaise option au lendemain des indépendances.

Les racines du désastre : l’idéologie anticoloniale 

Je me suis demandé : Diantre ! pourquoi le socialisme a tant séduit les leaders africains ? J’ai fini par trouver une réponse. L’adoption du socialisme en Afrique s’explique, tout au moins en partie, par son positionnement anticolonial et anti-impérialiste. Le capitalisme, associé aux puissances coloniales, était perçu comme une menace à l’indépendance et à l’autodétermination des nations africaines. De nombreux dirigeants post-coloniaux, bien que conscients des potentialités du capitalisme, hésitaient à l’embrasser par crainte d’être taxés de complices des anciens colonisateurs.

Cette méfiance envers le capitalisme découlait également d’une méconnaissance de ses principes fondamentaux. La notion de propriété privée, moteur essentiel de la création de richesse, était souvent négligée ou mal comprise. Les dirigeants africains, aveuglés par l’idéologie socialiste, ont ignoré les leçons de l’histoire économique et les vertus du libre-échange. Ils ont aussi ignoré l’histoire des économies africaines avant la colonisation. L’Afrique a une longue tradition de marché libre et de libre-échange.

Le problème des droits de propriété

L’Afrique n’a jamais connu un véritable capitalisme, car ce système repose sur des institutions solides et un cadre juridique clair garantissant les droits de propriété. Or, de nombreux pays africains souffrent de systèmes juridiques défaillants et d’une insécurité foncière chronique. Selon l’indice International Property Rights Index, la moitié des 50 pays les moins bien notés en matière de droits de propriété se situent en Afrique.

Cette situation entrave l’accumulation de capital, élément indispensable à la croissance économique. Sans la possibilité de posséder et de protéger ses biens, les individus et les entreprises sont découragés d’investir et d’innover. Le “capital mort”, comme le qualifie l’économiste Hernando de Soto, caractérise les économies africaines : des biens abondants mais improductifs, faute d’un système juridique adéquat pour les transformer en capital productif.

L’Afrique doit rompre avec l’héritage néfaste du socialisme et s’engager résolument sur la voie de l’économie de marché. Cela implique de renforcer les institutions, de garantir les droits de propriété, et de promouvoir une culture entrepreneuriale. En embrassant les principes de liberté économique et d’initiative individuelle, les pays africains pourront enfin libérer leur potentiel et offrir à leurs populations un avenir de prospérité et de développement durable.

Par Sophonie Jed KOBOUDE

Ingénieur diplômé de l’école CentraleSupélec à Paris et économiste diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris. Il a accompagné plusieurs startups dans la structuration de leur business en Afrique.  Business Analyst chez un leader mondial de l’énergie, il est passionné par les nouvelles technologies de l’information, l’économie, l’énergie, et l’Afrique.

2 Commentaires

  1. Un article d’un jeune auteur formaté par les institutions capitalistes. Cohérent par rapport au format. Un narratif de quelqu’un qui cherche à “vendre” ses connaissances théoriques. Ce faisant, il a oublié de souligner que le centralisme dont il accuse le socialisme n’existe pas dans le capitalisme. Même si c’est plus fin et aussi “invisible” que les maîtres du monde du grand capital. Les causes de l’échec du socialisme en Afrique ont plusieurs facteurs. Les ravages du capitalisme aujourd’hui sont patents et il se trouve que le meilleur des voies de sortie pour l’Afrique reste à inventer par les africains eux-mêmes.

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