Retour des biens culturels au Bénin : Dr Franck OGOU parle des impacts sur l’économie

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Le Bénin est encore dans l’euphorie de la restitution de 26 de ses trésors culturels pillés et détenus depuis environ un siècle et demi par la France. Le retour au pays de ses biens induit des conséquences aux plans patrimonial, touristique donc économique. Autant le pays peut espérer tirer bénéfice du retour de ses trésors, autant il a des défis à relever et des insuffisances à corriger. Docteur Franck OGOU, Directeur de l’Ecole du patrimoine africain (EPA) explique ici les implications économiques de cette restitution. Lire ci-dessous son analyse

L’impact du retour des biens culturels sur l’économie béninoise

Depuis quelques jours, on observe une liesse populaire quant au retour des biens culturels spoliés par l’armée du général Dodds à la chute du Roi Bêhanzin en 1892. C’est un succès diplomatique et cela témoigne également de la solidité des relations entre le Bénin et la France.

Mais en même temps l’on est en droit de se demander ce que vont rapporter économiquement ces œuvres au Bénin surtout si l’on se réfère au débat sur le coût du volet « patrimoine et tourisme » dans le PAG. Pour certains et à juste titre, les chiffres annoncés, 1 milliard d’euros (soit 650 milliards de CFA) seraient exorbitants quand on sait que le Bénin est un pays pauvre. A ce niveau, il faut dire aux uns et aux autres que la culture est aussi importante que l’éducation et la santé. Mieux, ce secteur a été toujours abandonné par les pouvoirs publics qui ne sont jamais arrivés à capter la manne financière que pourrait rapporter la mise en tourisme de la culture. Et c’est le lieu de rappeler que le tourisme était le premier pourvoyeur de ressources financières au Bénin avant 2016 (n’ayant pas de nouveaux chiffres).

Le but de cette réflexion sommaire est de montrer les avantages que notre pays peut tirer de la mise en tourisme des 26 œuvres et de façon plus générale du potentiel touristique du Bénin. Certains pays sont des exemples et des précurseurs dans ce domaine. En France par exemple, avant la crise sanitaire mondiale, le tourisme était la première source de devises pour le pays avant l’industrie de l’automobile.

En définitive, on pourra alors retenir que le patrimoine et le tourisme sont liés en raison de leurs synergies évidentes et de leur potentiel de croissance. Le tourisme culturel est un des marchés mondiaux du tourisme parmi les plus importants et un de ceux qui connaissent une plus forte croissance.

Le tourisme est porteur de croissance économique et de création d’emplois si tous les atouts touristiques sont très bien exploités. Les 26 trésors royaux restitués sont un bon prétexte pour « révéler le Bénin » au monde entier parce que ces œuvres mis en exposition dans un musée vont drainer des publics (curieux et découvreurs) dans le pays vu l’intérêt général suscité par l’opération de restitution dans le monde entier. Au-delà de ses œuvres, c’est la synergie d’actions avec d’autres potentialités touristiques qui fera décoller le Bénin. Mais les faiblesses de ce qui est souvent qualifié de ressources ou de potentialités, résident essentiellement dans l’insuffisance d’infrastructures de qualité, d’accès et d’hébergement, l’absence de restauration de certains sites et la non sensibilisation de la population à la culture touristique.

Voilà les points que le gouvernement veut corriger en mettant en place de nouvelles infrastructures muséales et des structures d’hébergement pour booster l’offre touristique du Bénin. En effet, la mise en tourisme du pays et plus particulièrement autour des 26 œuvres a l’avantage de créer des emplois et des revenus à relativement peu de frais en faisant appel aux ressources en grande partie inexploitées jusque-là. Le patrimoine est devenu pour le Bénin un objet économique crédible, en grande partie du fait de l’accroissement de sa fréquentation touristique, laquelle constitue une source majeure de recettes directes et indirectes. Ainsi le patrimoine est désormais considéré comme un moteur du développement économique.

La réflexion ainsi résumée dresse une liste récapitulative de la rentabilité socio-économique que va induire la politique économique du gouvernement autour du tourisme :

  • les retombées directes recouvrent : les emplois (des guides et conférenciers sur les sites, les monuments historiques et les musées) ; les recettes (billetterie, boutiques, restauration, location de salles, expositions, visites guidées, …) ;
  • les retombées indirectes et induites concernent elles aussi les mêmes rubriques : les emplois  et les (hébergement, transport, commerce, alimentation, achats, loisirs, services, taxes…). 

Dr Franck OGOU

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