Prix du carburant : D’importants détails sur la situation au Nigéria…Le Bénin souffre de la chute d’un commerce illicite à la peau dure (Quid de son projet de raffinerie, pas d’éclaircies de sitôt)

La suppression de la subvention du prix du carburant n’est pas encore effective au Nigéria. Elle est annoncée pour fin juin 2023 par Bolla TINUBU le tout nouveau président fédéral qui a prêté serment lundi 29 mai dernier. Mais déjà, on observe une vertigineuse hausse des prix qui déteint sur le marché noir dans les pays limitrophes en l’occurrence le Bénin.

En réalité, dans une conférence de presse au lendemain de l’investiture du nouveau président, 30 mai 2023, la NNPC, compagnie pétrolière publique nigériane, a annoncé un ajustement des prix de l’essence “en fonction des réalités actuelles du marché”. Réalité des prix en mai 2023 : le litre d’essence est maintenant vendu à 557 Nairas, soit 735 FCFA (1,2 dollar) contre 189 nairas, soit 250 FCFA (0,407 dollar) par le passé.

L’annonce de l’application de la réalité des prix a suscité une ruée des consommateurs vers les stations-services en vue de s’approvisionner et prévoir des stocks en réserve créant aussi par endroit des pénuries. Cette flambée n’est pas sans impact sur le coût de la vie notamment les tarifs du transport. Face ce tableau peu reluisant, le Nigeria Labour Congress (NLC) a décidé de réagir. Vendredi 02 juin 2023, la puissante coalition des syndicats du pays a envoyé un avertissement au gouvernement. Elle menace d’entrer en grève et d’organiser des manifestations dans tout le pays , si la compagnie nationale pétrolière ne revenait pas sur l’augmentation des prix de l’essence d’ici mercredi prochain.

Pour mémoire, en 2012, les autorités nigérianes n’ont pas réussi à faire supprimer la subvention au carburant du fait de la levée de bouclier des consommateurs. La subvention coûte 867 millions de dollars, soit 532 milliards FCFA (402,7 milliards de nairas) par mois au gouvernement selon la NNPC.

Soulignons que même, avec l’inauguration de Dangote Oil Rafinery le 22 mai 2023, le pays le plus peuplé d’Afrique devra attendre deux bonnes années pour connaitre l’autosuffisance en produits pétroliers bien qu’il soit le premier producteur de brut du contient. C’est en 2025 que la raffinerie d’Aliko DANGOTE atteindra sa pleine capacité de production de 650 000 barils par jour, devant satisfaire le marché local et même exporté.

Impact sur le Bénin… une raffinerie en projet

Malgré sa politique de résilience, le Bénin reste en partie dépendant de son grand voisin de l’est avec ses plus 224 millions d’habitants. Du fait de la subvention de l’Etat à l’essence au Nigéria, le pays est devenu en réalité le principal fournisseur par contrebande pour le marché noir des pays limitrophes, particulièrement le Bénin. L’essence « Kpayo » (signifie littéralement « non original » en goun, une langue locale) en provenance du Nigéria est quasiment la première économie du Bénin. Il n’y a de coin de rue au Bénin où on en rencontre du fait des plus de 600 kilomètres de frontières poreuses entre les deux pays frères. La faible couverture du marché par les sociétés agréées dans la distribution des produits pétroliers et le sous-emploi ont donné du pouvoir au « kpayo » au Bénin. Le phénomène du « kpayo » a connu ses débuts dans les années 1980, conséquence de la crise économique qui a secoué le Bénin. La quantité de l’essence de contrebande qui entre au Bénin par moto est infime comparée à celle qui s’y déverse par des camions citernes, et par de grandes embarcations. Déjà en 2007 les autorités béninoises considéraient que le Nigeria fournissait 551 millions de litres de cette essence de contrebande – un chiffre à mettre en regard avec les 81 millions de litres vendus dans les stations-service à cette date.

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En attendant l’évolution de la timide politique d’installation de nouvelles stations-services dans les grandes villes du Bénin et leur approvisionnement à plein temps, l’Etat contrairement au code douanier percevrait « une taxe clandestine » chez les trafiquants afin de renflouer les caisses publiques.  Les nombreuses initiatives des présidents successifs ne sont pas arrivées à bout de ce trafic devenu un phénomène auquel on s’accommoderait. Ce commerce illicite au Bénin étend ses tentacules au Togo voisin.

Face à la hausse au Nigéria, on observe au Bénin, une crise de l’essence. L’avoir dans les stations-services où le gouvernement a fixé le prix à 650 FCFA est un coup de poker. Chez les vendeurs de Kpayo qui approvisionnent la grande majorité des consommateurs, le litre est cédé à 800 FCFA. Le prix a plus que doublé comparativement il y a quelques jours seulement.

‘’ Nous savons bien qu’un jour, aujourd’hui ou demain, dans notre pays, il sera impossible sinon très compliqué de profiter du Kpayo parce qu’il suffit qu’un jour le Nigéria change de politique, change d’approche ou que peut-être les voies qui permettent au Kpayo de venir chez nous se ferment et que l’essence de contrebande n’arrive plus (…) Chacun peut voir depuis 2016, combien de stations aux normes sont construites au Nord, à Cotonou, à Porto-Novo, à Parakou, à Natitingou comme dans d’autres villes. C’est un mouvement qui est en cours et qui va s’amplifier’’ a laissé entendre Wilfried Léandre HOUNGBEDJI Porte-parole du gouvernement béninois au sujet de la flambée du prix de l’essence de contrebande.

En juin 2020, il y a un an, le gouvernement béninois a annoncé le lancement d’un projet de construction d’une raffinerie de pétrole, dont l’objectif premier est de satisfaire la consommation intérieure du pays en produits pétroliers. Pour cela, le gouvernement a sollicité l’appui d’un cabinet spécialisé pour la réalisation des études de faisabilité nécessaires. Ledit cabinet analysera entre autres les perspectives du marché à l’horizon 2030 et la faisabilité économique de l’infrastructure. Le pays n’est pas producteur de pétrole, mais pourrait se ravitailler auprès de son voisin nigérian pour approvisionner son usine.

« Le Bénin veut sa propre raffinerie. Le Bénin travaille à sa propre raffinerie. Le Nigéria n’a pas particulièrement plus d’expérience en la matière. On n’a pas attendu le Nigéria pour mener les premières réflexions et les premiers actes (…) On n’a pas à aller s’extasier devant ce que les autres ont fait. On veut aussi pour nous » souligne le Porte-parole du gouvernement à l’inauguration de la raffinerie de l’homme le plus riche d’Afrique.

Raoul HOUNSOUNOU

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