Le profit : Un moteur de progrès trop souvent diabolisé

(Le profit) – Week-end dernier. À 18 h. Le soleil s’apprêtait à céder le pas à la nuit, enveloppant la ville d’un voile d’ombre veloutée, lorsque je me dirigeai vers l’appartement de Léon, mon ami d’enfance. Un goûter gourmand nous attendait : thé vert fumant, cookies croustillants et fruits frais. Après les bavardages légers d’usage, la conversation prit un tour plus sérieux, dérivant vers les méandres de l’économie. Léon, esprit vif et passionné, évoqua son mépris pour le profit : “ Le profit est l’ennemi du bien commun, un catalyseur d’inégalités. Il est la manifestation concrète de l’exploitation du travailleur ”. Les propos de Léon m’ont laissé pantois. J’ai donc passé la soirée à lui expliquer la notion de profit. Je me propose donc de résumer mon propos dans ce billet.

Faisons un pas en arrière. Depuis que Dieu a chassé le genre humain du jardin d’ Éden, il n’y a plus de repas gratuit selon qu’il est écrit dans Genèse 3:19 : “C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain […]”. Dès lors, le travail devient une valeur cardinale des sociétés humaines. Dans son poème intitulé Les Travaux et les Jours, et considéré comme le premier texte d’économie, le grec HESIODE s’adresse à son frère PERSES en écrivant ceci :

Garde l’éternel souvenir de mes avis : travaille si tu veux que la Famine te prenne en horreur et que l’auguste Cérès à la belle couronne, pleine d’amour envers toi, remplisse tes granges de moissons, En effet, la Famine est toujours la compagne de l’homme paresseux ; les dieux et les mortels haïssent également celui qui vit dans l’oisiveté, semblable en ses désirs à ces frelons privés de dards qui, tranquilles, dévorent et consument le travail des abeilles. Livre-toi avec plaisir à d’utiles ouvrages, afin que tes granges soient remplies des fruits amassés pendant la saison propice. C’est le travail qui multiplie les troupeaux et accroît l’opulence. En travaillant, tu seras bien plus cher aux dieux et aux mortels : car les oisifs leur sont odieux. Ce n’est point le travail, c’est l’oisiveté qui est un déshonneur. Si tu travailles, les paresseux bientôt seront jaloux de toi en te voyant t’enrichir ; la vertu et la gloire accompagnent la richesse : ainsi tu deviendras semblable à la divinité. II vaut donc mieux travailler, ne pas envier inconsidérément la fortune d’autrui et diriger ton esprit vers des occupations qui te procureront la subsistance : voilà le conseil que je te donne. 

Dans la tradition chrétienne, saint Paul a résumé la pensée d’HESIODE dans sa Deuxième Épître aux Thessaloniciens : “Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus”.

Lire aussi :

Les sociétés humaines ont très tôt acquis la conviction que le travail est un trésor.  À juste titre ! Le genre humain, dans l’exercice de son conatus, oscille entre besoins et satisfactions. S’il n’y a besoin d’effort pour répondre au besoin, la satisfaction est, en quelque sorte, gratuite. Mais, bien souvent, la satisfaction est onéreuse en ce sens qu’elle requiert de l’effort, de la peine pour avoir cours. Par exemple, tout homme a besoin de manger et, pour cela, doit employer la force de ses bras, soit directement en cultivant des aliments, soit indirectement sous forme d’unités monétaires : la satisfaction est, dans ce cas, onéreuse. Et, c’est là qu’intervient un personnage curieux qu’on appelle entrepreneur. Ce dernier passe son temps à se demander comment rendre moins onéreuses les satisfactions des hommes. Dit autrement, l’entrepreneur cherche à rendre service à ses semblables en appliquant ses facultés aux choses. C’est dans ce sens qu’il faut entendre le “Nous voulons rendre le monde meilleur” des grands entrepreneurs de la planète. Il s’ensuit que, par sa fonction, l’entrepreneur est la source de la croissance économique. Le profit est le fruit du travail et de l’ingéniosité des entreprises. Il représente la récompense des actionnaires qui ont investi leur capital dans l’entreprise. Ce profit peut être réinvesti pour financer la croissance future ou distribué sous forme de dividendes aux actionnaires. La valeur d’une entreprise est étroitement liée à sa capacité à générer du profit. Sans profit, une entreprise n’a que la valeur de ses actifs liquides. Par ailleurs, la recherche du profit incite les entreprises à investir dans des projets innovants et à créer de nouveaux emplois. En effet, pour maximiser leurs profits, les entreprises doivent satisfaire les besoins des consommateurs de manière plus efficace que leurs concurrents. Cela implique d’investir dans la recherche et développement, de développer de nouveaux produits et services, et d’améliorer leurs processus de production. Ces investissements créent de la richesse et des opportunités d’emploi pour la population. La recherche du profit pousse également les entreprises à optimiser leurs coûts et à proposer des prix attractifs aux consommateurs.

Le profit permet d’éviter les pénuries. Il incite les entreprises à produire des quantités optimales de biens et services. Si une entreprise produit trop d’un bien, elle se retrouvera avec des stocks invendus qu’elle devra écouler à bas prix, ce qui réduira ses profits. À l’inverse, si une entreprise produit trop peu d’un bien, elle pourra augmenter ses prix et ainsi faire de plus gros profits. Cependant, cette situation ne durera pas longtemps, car les prix élevés attireront de nouveaux concurrents sur le marché. La recherche du profit permet donc de réguler la production et d’éviter les pénuries et les surplus.

La notion de profit est indissociable de l’entrepreneuriat. Tout entrepreneur investit dans un processus parce qu’il espère réaliser un profit. En d’autres termes, il pense que le marché a sous-évalué et sous-capitalisé les facteurs de production par rapport à leurs loyers futurs (revenus tirés de leur utilisation). Pour qu’un entrepreneur réalise des profits, il doit planifier et anticiper les préférences des consommateurs. Par conséquent, les entrepreneurs qui excellent dans la prévision des préférences futures des consommateurs seront ceux qui réaliseront des profits. L’envers du profit, c’est la perte. En anticipant avec précision les besoins futurs des consommateurs, les entreprises allouent l’épargne réelle à la génération d’infrastructures permettant de répondre à la demande future des consommateurs. Cependant, la planification et la recherche ne peuvent jamais garantir la réalisation de profits – divers événements imprévus peuvent bouleverser les prévisions des entrepreneurs. Les erreurs, qui entraînent des pertes dans l’économie de marché, constituent un élément essentiel des outils de navigation qui dirigent le processus d’allocation des ressources dans un environnement incertain, en fonction des diktats des consommateurs.

Conclusion. Le couple profit/perte est l’instrument par lequel les consommateurs dirigent les activités de production vers ceux qui sont les mieux à même de les servir. Par conséquent, les politiques économiques visant à réduire ou à confisquer les profits entravent cette fonction.  Me vient à l’esprit cette merveilleuse phrase de Winston CHURCHILL : Nous soutenons qu’une nation qui essaie de prospérer par l’impôt est comme un homme dans un sceau qui essaie de se soulever par la poignée. 

Par Sophonie Jed KOBOUDE

Ingénieur diplômé de l’école CentraleSupélec à Paris et économiste diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris. Il a accompagné plusieurs startups dans la structuration de leur business en Afrique.  Business Analyst chez un leader mondial de l’énergie, il est passionné par les nouvelles technologies de l’information, l’économie, l’énergie, et l’Afrique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici