De la concurrence sur le marché politique

(La concurrence) – L’un des principes les plus tenus en économie est que, d’une manière générale, le monopole est néfaste et que la concurrence sur le marché entre les entreprises améliore le bien-être des consommateurs. Pourquoi ? En raison de la subjectivité de la valeur et de la connaissance dispersée. Reprenons les bases. La valeur n’est pas une propriété inhérente aux biens et services, mais elle est subjective et déterminée par les individus en fonction de leurs besoins et préférences.

Dans un système de monopole, le prix fixé par le monopole unique peut ne pas correspondre à la valeur subjective que les consommateurs accordent au produit. Supposons un village où il n’y a qu’un seul boulanger qui vend du pain. En situation de monopole, le boulanger établit le prix du pain à 2 euros. Ce prix peut être acceptable pour certains villageois, car ils ont une préférence pour le pain et sont disposés à payer ce prix pour le consommer. D’autres habitants du village, quant à eux, peuvent juger le prix trop élevé et opter pour une diminution de leur consommation de pain ou des alternatives, telles que la fabrication de leur propre pain. Dans un contexte de concurrence, il y aurait plusieurs boulangeries dans le village. Chaque pâtissier offrirait son pain à un tarif distinct. Il serait donc possible pour les habitants du village de sélectionner le boulanger et le pain qui répondent le mieux à leurs besoins et à leur budget. La connaissance est dispersée parmi les différents acteurs économiques et il est impossible pour une entité centrale, comme un monopole, de disposer de toutes les informations pertinentes. La concurrence, en revanche, permet aux informations et aux connaissances d’être diffusées et prises en compte par les entreprises, ce qui conduit à une meilleure allocation des ressources.  Dans un système concurrentiel, chaque entreprise possède une partie des informations concernant le marché et cherche à les utiliser au mieux pour maximiser ses profits. La concurrence oblige les entreprises à être efficientes et à innover pour se différencier de leurs concurrents.

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En revanche, la question de savoir si la concurrence sur le marché politique (entre les partis politiques) a des conséquences tout aussi positives est beaucoup moins débattue malgré sa pertinence. La réponse à cette question existe dans la littérature économique. 

Il est admis que la concurrence sur le marché politique, c’est-à-dire la compétition entre les partis politiques pour obtenir le pouvoir, favorise une alternance politique en : 

  1. Offrant aux électeurs un plus large éventail de choix : Un système politique avec plusieurs partis politiques donne aux électeurs la possibilité d’exprimer des préférences politiques diverses et augmente la probabilité qu’un parti puisse rassembler une majorité et prendre le pouvoir.
  2. Stimulant la responsabilisation des partis politiques : Face à la concurrence, les partis politiques sont incités à être plus réactifs aux demandes des électeurs et à proposer des programmes et des politiques plus attrayants pour gagner leur soutien.
  3. Encourageant l’innovation et le renouvellement des idées : La compétition entre les partis peut stimuler la créativité et l’élaboration de nouvelles solutions aux problèmes auxquels la société est confrontée, ce qui peut mener à des changements positifs.

En ce qui concerne les vertus de l’alternance politique sur le plan économique, je vais emprunter les résultats des savants travaux de Vincent Pons. Le chercheur français a apporté une contribution significative à l’étude de l’alternance politique en utilisant des méthodes économétriques rigoureuses et en analysant des données provenant de différents pays. Ses travaux se concentrent sur les effets de l’alternance sur des variables économiques telles que la croissance du PIB, l’inflation, l’investissement et l’emploi. Ils ont montré que l’alternance politique est associée à une croissance du PIB plus élevée et à une inflation plus faible. Le professeur Pons a également constaté que l’alternance conduit à une augmentation de l’investissement et à une réduction du chômage. 

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer les effets positifs observés par Vincent Pons. L’alternance :

  1. Renforce la discipline des politiques économiques : La perspective d’une alternance peut inciter les gouvernements en place à mener des politiques économiques plus responsables et plus soucieuses de la croissance à long terme, car ils savent qu’ils seront jugés par les électeurs lors des prochaines élections.
  2. Favorise l’innovation et la réforme : L’arrivée d’un nouveau parti au pouvoir peut apporter de nouvelles idées et perspectives, ce qui peut conduire à des réformes économiques bénéfiques pour le pays.
  3. Améliore la confiance des consommateurs et des investisseurs : L’alternance peut renforcer la confiance dans les institutions démocratiques et le processus politique, ce qui peut avoir un impact positif sur le climat économique et stimuler l’investissement.

Il y a bien d’autres travaux que ceux de Vincent Pons qui démontrent la même chose, à savoir qu’une forte concurrence politique est bénéfique pour l’économie. Alberto Alesina et Enrico Spolaore (1997) ont analysé l’impact de la concurrence électorale sur la performance des gouvernements en Italie. Ils concluent que la concurrence électorale est associée à des gouvernements plus efficaces et à une meilleure fourniture de services publics. Daniel Treisman (2000) a examiné l’effet de la compétition électorale sur la corruption dans les pays en développement et montre que la concurrence électorale plus forte est liée à des niveaux de corruption plus faibles. Scott R. Moser et Michael W. Cox (2003) ont démontré qu’une concurrence électorale plus forte est associée à une probabilité plus faible de coups d’État et d’autres formes d’instabilité politique.

En raison de tout ce qui précède, quand j’observe que certains pays de l’Afrique de l’Ouest se dotent d’un code électoral qui limite la participation aux élections ou qui taille un monopole pour les partis politiques en matière de parrainage, je me plonge dans un long moment de lassitude avec la phrase du Maréchal de Mac Mahon en boucle dans ma tête : “Hier nous étions au bord du gouffre. Aujourd’hui, nous avons fait un grand pas en avant”.

Par Sophonie Jed KOBOUDE

Ingénieur diplômé de l’école CentraleSupélec à Paris et économiste diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris. Il a accompagné plusieurs startups dans la structuration de leur business en Afrique.  Business Analyst chez un leader mondial de l’énergie, il est passionné par les nouvelles technologies de l’information, l’économie, l’énergie, et l’Afrique.

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