Donner aux pays les plus pauvres les moyens d’une reprise résiliente

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Shukria a 24 ans. Dans sa ville natale de Nakrabad, à 500 kilomètres au nord-ouest de Kaboul, elle coud des masques pour sauver des vies. La centaine de masques qu’elle fabrique chaque jour contribue à pallier la pénurie de cet équipement aussi simple qu’essentiel pour protéger les 1 700 habitants de sa commune.  

Shukria fait partie de ces femmes, de plus en plus nombreuses, qui cousent des masques partout en Afghanistan pour répondre aux besoins de leurs communautés. Elle a pris conscience des enjeux de la pandémie de COVID-19 grâce à une campagne d’information menée dans tout le pays par le projet de charte du citoyen (a).

« La campagne nous a permis de prendre la mesure des dangers du coronavirus », se souvient la jeune femme. 

L’Afghanistan paie un lourd tribut à la COVID-19, alors que le pays était déjà aux prises avec un conflit et un taux de pauvreté élevé. La pandémie fait des ravages ici comme plus généralement dans les 74 pays les plus pauvres du monde, ceux auxquels vient en aide l’Association internationale de développement (IDA), une institution de la Banque mondiale. Le projet de charte du citoyen est l’une des nombreuses opérations mobilisées par l’IDA pour sauver des vies et préserver les moyens de subsistance face à la COVID-19.  

Sauver des vies : la grande priorité de l’IDA  

Au début du mois de février, la Banque mondiale a approuvé sa première opération financée par l’IDA en faveur de la vaccination anti-COVID en Afrique. Elle permettra à Cabo Verde d’acheter et d’administrer des vaccins à sa population, sous l’égide du mécanisme mondial COVAX, qui vise à faciliter l’accès aux vaccins.

« Pour Cabo Verde, se préparer pour la vaccination est l’une des priorités des mois à venir », explique le Dr Jorge Noel Barreto, coordinateur de la lutte contre la COVID-19 dans le pays. « Nous faisons en sorte que le pays dispose des systèmes de chaîne du froid appropriés et de toute la logistique nécessaire… Nous espérons pouvoir vacciner au moins 60 % de la population. »

Cependant, même si les vaccins arrivent peu à peu, l’horizon reste sombre pour les pays IDA. Selon les estimations, la pandémie devrait entraîner entre 55 et 63 millions de personnes dans l’extrême pauvreté d’ici fin 2021. 

Tandis que les pays commencent à s’engager sur le chemin incertain du redressement, l’IDA se mobilise en déployant une réponse rapide, de grande ampleur et sélective grâce à une enveloppe de financements de 55 milliards de dollars pour la période allant d’avril 2020 à juin 2021. 

L’objectif de cette réponse ? Donner aux pays les moyens de s’engager sur la voie d’une reprise résiliente et inclusive. 

Investir dans les systèmes de santé : la clé de la résilience 

Lors de précédentes crises sanitaires, l’IDA a démontré sa capacité indéfectible de soutien et d’expertise pour les pays les plus pauvres du monde. L’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest a brutalement mis en évidence la nécessité de disposer de systèmes de santé plus résilients et de réagir plus rapidement aux urgences sanitaires. À la suite de l’épidémie d’Ebola, l’IDA a soutenu la création du programme de renforcement des systèmes régionaux de surveillance des maladies (REDISSE), destiné à aider la Guinée et 15 autres pays d’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, tant le soutien à la lutte contre Ebola que le programme REDISSE ont permis à ces pays d’être bien mieux préparés à affronter une nouvelle crise sanitaire. 

Grâce au programme REDISSE, le Sénégal est aussi mieux préparé, comme en témoigne le Dr Alpha Sall, directeur général de l’Institut Pasteur de Dakar : « Nous avons pu améliorer nos systèmes de surveillance pour un grand nombre de maladies et dans l’ensemble du Sénégal. Les équipements fournis nous permettront d’assurer des dépistages rapides et d’améliorer notre capacité à mobiliser des ressources et à réagir aux épidémies comme celle du coronavirus. »  

De même, au Cambodge, une rigoureuse veille épidémiologique et la capacité des laboratoires de santé nationaux ont permis au système sanitaire du pays de ne pas être submergé par la crise de la COVID. S’appuyant sur de nombreuses années d’investissement dans le secteur de la santé (a), l’IDA a pu mobiliser rapidement des fonds qui ont permis au gouvernement de se procurer sans délai des équipements d’urgence essentiels et, si des cas de COVID-19 se sont déclarés assez tôt dans le pays, le Cambodge a été relativement épargné par la pandémie. 

Une reprise équitable et inclusive : pour que personne ne soit laissé de côté

Dans les pays vulnérables, fragiles et touchés par des conflits, la pandémie met particulièrement à rude épreuve des systèmes de santé et des économies déjà sous tension. Au Yémen, par exemple, un pays marqué par plus de cinq années de conflit, l’IDA déploie son soutien en utilisant le levier des partenariats. Ainsi, un projet mené en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé et l’UNICEF permet à plus de 22 millions de Yéménites de bénéficier de services de santé et de nutrition salvateurs (a) grâce à des financements accrus en faveur de 72 hôpitaux et 1 970 centres de santé primaire. 

En cas de chocs comme celui de la COVID-19, les systèmes de protection sociale jouent un rôle d’amortisseur essentiel pour les personnes pauvres et vulnérables. Au Burkina Faso, un pays encore en proie à des conflits, le gouvernement a très vite élargi le périmètre de ses aides monétaires en réponse à la pandémie, de manière à atteindre les habitants les plus vulnérables. Il s’est pour cela appuyé sur les systèmes de paiement et les registres de bénéficiaires existants, et en particulier sur le plus grand programme de filets sociaux du pays, Burkin-Naong-Sa Ya (« éliminer la pauvreté au Burkina Faso » en dialecte mooré). Avec l’aide de l’IDA, plus de 45 pays d’Afrique subsaharienne ont désormais mis en place des filets sociaux. 
 
L’IDA aide également les pays à exploiter la technologie pour élargir l’accès à l’enseignement, dans un contexte où les systèmes éducatifs du monde entier se heurtent à de multiples difficultés. Au Pakistan, les pouvoirs publics transforment cette crise en opportunité : financé par l’IDA, le projet de lutte contre la pandémie (a) a lancé TeleSchool, une chaîne de télévision proposant des contenus éducatifs destinés aux élèves du primaire et du secondaire. Dans des pays comme le Pakistan, où près d’une fille sur trois n’est jamais allée à l’école, les programmes d’enseignement à distance offrent des chances de surmonter les difficultés et d’accéder en continu aux ressources éducatives.

« Avec l’épidémie de coronavirus, il était très compliqué de continuer à étudier, mais le lancement de TeleSchool par le gouvernement nous a vraiment aidés », raconte une élève de l’école primaire de Rawalpindi. 

Emploi : relancer les économies pour préserver les moyens de subsistance

La pandémie de COVID-19 a provoqué un effondrement de l’économie dans de nombreuses régions du monde. Le PIB par habitant a chuté de 3,5 % en 2020, balayant trois à quatre années de progrès dans la réduction de la pauvreté. Selon de premières données, l’impact de cette crise sur le marché du travail sera colossal, durable et particulièrement inégal.  
 
Depuis bien longtemps, l’IDA est en première ligne pour aider les pays en développement à transformer leur économie, à éduquer leur jeunesse, à former leur population et aussi à créer des emplois productifs qui sont souvent le seul moyen de sortir de la pauvreté pour beaucoup de personnes.

Au cœur du Népal, les résultats durables de l’action de l’IDA sont porteurs d’espoir pour des femmes comme Kamala B. K. À 38 ans, elle est l’une des 149 maçonnes itinérantes formées et recrutées dans les 14 districts les plus touchés par le séisme de 2015, dans le cadre du projet de reconstruction de logements (a) financé par l’IDA. Dans une période où de nombreux ingénieurs ne peuvent se rendre sur le terrain en raison des restrictions liées à la COVID-19, les travailleurs locaux sont très recherchés.  

« La formation à la maçonnerie a changé ma vie », confie Kamala. « Elle m’a non seulement donné la chance d’acquérir de nouvelles compétences, mais aussi de rendre service à ma communauté ».

L’IDA ne cesse de chercher des moyens innovants pour soutenir les investissements qui favorisent l’emploi et l’inclusion financière. Au Bangladesh, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Libéria, au Nigéria, au Rwanda et en Ouganda, le guichet de promotion du secteur privé de l’IDA facilite l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises fortement touchées par la crise de la COVID et à court de liquidités, afin qu’elles puissent poursuivre leurs activités. 

Insécurité alimentaire : faire face à l’impact aggravant de la COVID-19

Fin 2020, 233 millions d’habitants des pays IDA étaient en situation d’insécurité alimentaire, et ce nombre devrait augmenter encore en 2021 et 2022. Contrairement aux crises antérieures, les principaux facteurs d’insécurité alimentaire liés à la COVID-19 sont d’une part la baisse des revenus et des envois de fonds de l’étranger en raison des confinements et, d’autre part, la hausse des prix alimentaires provoquée par la perturbation des marchés intérieurs et la dépréciation des monnaies nationales. 

En 2008, l’IDA s’est mobilisée pour apporter une aide rapide à travers le Programme d’intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP). Entre 2008 et 2012, le programme a profité à 57,3 millions de personnes, notamment à travers le soutien apporté aux programmes de protection sociale et aux interventions agricoles.

Aujourd’hui, l’action de l’IDA en réponse à l’insécurité alimentaire liée à la COVID-19 (a) — soit 5,3 milliards de nouveaux engagements — est là encore axée à la fois sur le court et le long terme. Environ la moitié de ces engagements financeront des investissements à plus long terme dans la résilience, conformément à l’accent mis par l’IDA sur des facteurs sous-jacents tels que les conflits, le dérèglement climatique et les zoonoses. Les projets ciblent avant tout celles et ceux qui sont les premières victimes du choc causé par la pandémie : les femmes, les enfants, les réfugiés, les personnes handicapées et les autres populations vulnérables. 

Climat : bien gérer les ressources naturelles pour mieux reconstruire

La pandémie de COVID-19 nous rappelle le lien étroit entre la santé humaine et celle de la planète. Ces vingt dernières années ont vu augmenter la fréquence et l’impact d’épidémies de zoonoses telles que la COVID-19, ces maladies qui se transmettent de l’animal à l’homme. C’est pourquoi l’IDA travaille aux côtés de différents pays afin d’accompagner leurs efforts pour mieux protéger et gérer durablement la biodiversité.

« Ce que nous voulons, c’est que la réserve forestière de Mecuburi redevienne verte, qu’elle nous procure de l’eau et d’autres bénéfices environnementaux pour nos moyens de subsistance, comme c’était le cas à l’époque de nos ancêtres », témoigne Felismino Manhica, un responsable local du district de Mecuburi, au Mozambique. 

C’est l’un des 40 chefs communautaires qui ont été formés au recensement des possibilités de restauration forestière et au choix des interventions à réaliser, dans le cadre du projet de réserves pour la biodiversité et le développement (a), également financé par l’IDA. La réhabilitation des terres dégradées est une priorité pour le Mozambique, un pays qui compte plus de 32 millions d’hectares de forêt naturelle abritant 6 000 espèces de plantes, d’oiseaux et de mammifères. L’aide de l’IDA permet de protéger les habitats tout en améliorant les conditions de vie de 20 000 personnes vivant autour des parcs nationaux, dont près de la moitié sont des femmes, en proposant des activités alternatives génératrices de revenus. 
 
Dans certaines parties du Sahel — notamment au Burkina Faso, au Tchad, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Sénégal —, le changement climatique alourdit le bilan humain et économique de la COVID-19. Les saisons des pluies sont de plus en plus courtes et les saisons sèches plus longues, elles peuvent parfois durer jusqu’à neuf mois. Ainsi en 2010, la sécheresse a été particulièrement sévère. Sachant que les températures au Sahel augmentent 1,5 fois plus vite que la moyenne mondiale, les pays de la région connaissent des pénuries d’eau plus graves qui abaissent le rendement des cultures et la productivité du bétail, et affectent la sécurité alimentaire et le prix de la nourriture. Face à cette situation, l’IDA investit dans des programmes visant à intensifier le soutien à la restauration des terres dégradées, à l’accroissement de la productivité agricole et au renforcement de la sécurité hydrique afin de bâtir des systèmes alimentaires résilients au changement climatique et des paysages durables. 

Comme l’illustrent les exemples du Mozambique et du Sahel, il est impératif d’agir dès maintenant sur le climat. La préservation des écosystèmes naturels et de la biodiversité, de même que la lutte contre les effets du changement climatique, sont des éléments essentiels à l’heure où les pays doivent diriger leurs efforts vers une reprise résiliente, verte et inclusive. 

L’objectif ultime : mettre les communautés sur la voie d’une reprise résiliente 

La pandémie a provoqué la plus grande contraction de l’économie mondiale depuis huit décennies et elle a entraîné de profonds changements dans les modes de travail et le fonctionnement des économies, tant à l’échelon mondial que local. Pour des personnes comme Shukria, le Dr Barreto, le Dr Sall, Kamala ou Felismino, le soutien constant de l’IDA en faveur de systèmes de santé résilients, de filets sociaux efficaces, du développement durable, de la sécurité alimentaire et de la transformation économique se traduit dans les faits alors qu’ils tentent de surmonter l’impact de la pandémie. À présent que l’horizon semble s’éclaircir et que les pays commencent à travailler à leur redressement, l’IDA restera un partenaire solide, déterminé à mobiliser des collaborations mondiales afin de permettre aux pays de bâtir une reprise résiliente, inclusive et durable, qui ne laissera personne de côté.

Le blog de la Banque Mondiale

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