Trois concepts économiques qui peuvent changer votre vie

(Economie) – L’économie comme discipline est, au fond, une théorie générale de l’agir humain. En ce sens, l’économie est une sous-partie d’une science plus englobante qu’on appelle la praxéologie. C’est en cela que Ludwig von MISES disait “Nulle étude de problèmes proprement économiques ne peut se dispenser de partir d’actes de choix”. Le jugement (l’art de décider) est au cœur de l’analyse économique. Je vous propose d’explorer comment notre cerveau prend des décisions à travers le prisme des travaux d’un défunt lauréat du “prix Nobel” d’économie : Daniel KAHNEMAN .

Daniel KAHNEMAN est un psychologue et économiste israélo- américain né le 5 mars 1934 et mort le 27 mars 2024. Il est principalement connu pour son travail sur la théorie des perspectives et sur les biais cognitifs, qui ont eu un impact significatif sur les domaines de la psychologie, de l’économie comportementale et de la finance comportementale. KAHNEMAN a obtenu le prix Nobel d’économie en 2002, qu’il a partagé avec Vernon L. SMITH, pour son intégration des recherches en psychologie dans la science économique, en particulier pour ses travaux sur la prise de décision sous incertitude. Son travail a remis en question l’hypothèse traditionnelle de l’homo economicus, selon laquelle les individus agissent de manière parfaitement rationnelle dans leurs décisions économiques. KAHNEMAN a montré que les individus sont souvent influencés par des facteurs émotionnels et cognitifs, ce qui peut les amener à prendre des décisions qui contredisent les modèles économiques traditionnels. Il a mis au point quelques concepts utiles pour la vie quotidienne. Nous allons en exposer trois.

  1. Aversion pour les pertes 

La théorie des perspectives de KAHNEMAN a révolutionné la façon dont les économistes traditionnels considèrent le risque et la prise de décision. Prenons un exemple. Imaginez que l’on vous donne la possibilité de choisir l’un des paiements suivants : l’une des options vous garantit 50 euros, tandis que l’autre a 50 % de chances de doubler ce montant ou de vous laisser sans rien. La plupart des gens préfèrent la garantie de 50 euros au pari, même si, mathématiquement, les deux choix ont la même valeur attendue. Cette préférence illustre l’aversion aux pertes, un aspect clé de la théorie des perspectives, qui démontre notre préférence inhérente à éviter les pertes plutôt qu’à rechercher des gains équivalents. La théorie de l’aversion pour les pertes stipule que “les pertes sont deux fois plus puissantes psychologiquement que les gains”.

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Bien que ce concept ait été développé à l’origine dans le champ économique, j’ai récemment écouté une conférence donnée par le Dr RAMANI, dans laquelle elle établissait un lien entre l’aversion pour la perte et les raisons pour lesquelles nous restons coincés dans des relations malsaines. Même, notre choix de carrière est largement influencé par le biais cognitif de l’aversion pour les pertes. 

  1. Heuristiques 

Daniel KAHNEMAN a fait de précieux travaux sur les heuristiques et les biais. Imaginez votre cerveau comme un bureau submergé de tâches décisionnelles. Pour jongler avec cela, votre cerveau utilise des raccourcis appelés heuristiques, qui l’aident à traiter rapidement les décisions quotidiennes. Bien que ces raccourcis semblent utiles, ils ne sont pas infaillibles et peuvent conduire à des erreurs et à des jugements erronés.

Prenons l’exemple de l’heuristique de disponibilité : le cerveau accorde plus d’importance aux informations facilement mémorisables. Un exemple bien connu de l’effet de récence est que les gens ont tendance à réagir de manière excessive à la nouvelle d’une attaque de requin qui s’est produite récemment. Les attaques de requins, en particulier les attaques mortelles, sont extrêmement rares et ne tuent qu’une poignée de personnes chaque année. En 2022, par exemple, seules 57 attaques de requins non provoquées ont été signalées dans le monde, soit moins que la moyenne des cinq années précédentes (70 incidents). Néanmoins, beaucoup moins de personnes nagent dans l’océan après avoir été informées d’une attaque de requin, car beaucoup pensent que les risques sont beaucoup plus élevés qu’ils ne le sont en réalité. Autre exemple, un récent rapport sur un accident d’avion peut vous faire penser que le transport aérien n’est pas sûr, même si les données montrent qu’il s’agit de l’un des moyens de transport les plus sûrs. Cette heuristique biaise votre perception du risque en se basant sur ce qui est le plus facile à mémoriser, et pas nécessairement sur ce qui est le plus exact.

Reconnaître ces raccourcis mentaux peut vous permettre de réévaluer vos décisions plus attentivement. Bien qu’il soit pratiquement impossible d’éviter complètement ces biais, le fait d’en être conscient et de savoir comment ils influencent notre pensée peut nous permettre de faire des choix plus éclairés et plus rationnels.

  1. Les deux vitesses de la pensée : Système 1 & Système 2

On ne peut pas parler du travail de Kahneman sans parler de la distinction entre la pensée du système 1 et celle du système 2. Ce concept explique pourquoi le fait de s’arrêter pour réfléchir permet souvent de prendre de meilleures décisions. Le système 1 est le mode automatique et instinctif de notre cerveau, qui fonctionne sans grande délibération. C’est ce qui nous aide à accomplir les tâches quotidiennes, comme éviter les obstacles ou reconnaître les visages familiers. Malgré sa rapidité et son efficacité, le système 1 est susceptible de prendre des raccourcis qui peuvent entraîner des erreurs de jugement.

Il y a ensuite le système 2, l’aspect délibéré et analytique de notre pensée, qui entre en action pour les problèmes plus complexes nécessitant un effort conscient. Ce mode est plus lent et demande plus d’énergie mentale, mais il est essentiel pour accomplir des tâches hors de portée du système 1, comme faire des calculs ou élaborer des plans stratégiques. Comprendre le fonctionnement de ces deux systèmes ainsi que leurs forces et faiblesses respectives nous permet d’identifier les moments où nous nous fions trop aux jugements rapides du système 1.

La solution à de nombreuses décisions hâtives ou médiocres consiste à activer notre système 2 pour une analyse plus profonde et plus réfléchie. Cette approche peut nous aider à dépasser les préjugés et les erreurs dans lesquels le système 1 peut nous entraîner. 
Je vous recommande cette vidéo de Daniel KAHNEMAN : https://www.youtube.com/watch?v=CjVQJdIrDJ0 

Sophonie Jed KOBOUDE

Ingénieur diplômé de l’école CentraleSupélec à Paris et économiste diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris. Il a accompagné plusieurs startups dans la structuration de leur business en Afrique.  Business Analyst chez un leader mondial de l’énergie, il est passionné par les nouvelles technologies de l’information, l’économie, l’énergie, et l’Afrique.

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